Il en parle avec un sourire qui semble le consoler lui même. A trente-sept ans, sa renommée s'affirme, même si "Mon nom est plus connu que ma tête". Couronné par une victoire de la musique dès son premier disque (Le Bal des oiseaux, 1993), il avance à pas mesurés. Ces pas, ce sont pour lui des chansons qui balisent son chemin - Louise, le Bal des oiseaux, les Malheurs du lion - plus que cet Olympia où il s'installe jusqu'à samedi. Ses chansons prennent des airs de légèreté, mettent en scène des contes contemporains où un moucheron tabasse un lion ou une chauve-souris aime un parapluie. "Ce ne sont pas de vrais animaux, dit-il, pour rassurer. Dans la chanson, on a besoin d'un pinceau fin - il n'y a pas beaucoup de place. Alors, quand on oppose un lion et un moucheron, on sait tout de suite qui est qui. De toute façon, quand les gens jouent au PMU, je ne sais pas où est le cheval." Il y a d'ailleurs un cheval à l'intérieur de la pochette de Qu4tre, son quatrième disque (Chez Tôt ou tard - Warner). Cette pochette est la troisième qu'a réalisé Jean-Baptiste Mondino, après qu'il lui a mis un lapin entre les bras sous une pluie de carottes (Les Ronds de carotte, 1995) et un poisson dans la poche (Le jour du poisson, 1997). "Quand je lui ai fait remarqué que cette fois encore, il y avait un animal sur sa photo, il m'a dit : "Oui, mais la bête est grosse." Belle logique. Et logique tout fersienne, bien accordée à la trame de ses chansons, à leurs dénouements obliques, à leur gravité qui surgit comme par surprise sous un sourire fourbu. Ainsi, Dugenou ressemble un peu aux rêves du Jacky de Brel : un tout jeune blessé, seul alors qu'il voudrait être uni. "Pendant longtemps, j'ai cru aimer être seul, être fait pour ça. Je préfère maintenant boire un coup avec un imbécile plutôt qu'être tout seul chez moi. Je préfère avoir du plaisir." Ce plaisir semble devenu central dans la vie de Thomas Fersen, comme avec la gourmandise sidérante des instruments de son dernier album (dues en bonne partie au poète sorcier Joseph Racaille) qu'il s'emploie à restituer sur scène : "Nous sommes six pour quinze ou vingt instruments différents à chaque fois." Son plaisir est surtout un plaisir d'écriture. "Quoi que j'écrive, j'aime bien y mettre une forme, une concision, une musicalité, même si je traduit une pensée intime dans mon journal. Même dans la vie courante, j'en suis à parler de plus en plus avec précision et ça m'isole. C'est une déformation professionelle et, parfois, je ne suis pas compris. Les gens n'y sont plus habitués. Ils parlent avec de moins en moins de précision, avec de plus en plus de flou. Souvent j'en subit les conséquences, ce qui me donne le sentiment d'être en dehors des choses, de vivre un peu moins."
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