Un tourbillon de bonheur !



Le gavroche au coeur tendre tout droit sorti du 20ème (arrondissement mais comprenez siècle également) a littéralement transporté dans son délire bucolique un auditoire friand de musettes débridées, de rythmes latins démesurés, de jazz sautillant et de polkas ennivrantes. Une véritable tempête s'est abattue sur la scène québécoise pendant plus de trois semaines. Eclats de rire, pluie d'applaudissements, les admirateurs du jeune parisien à l'allure romantique ne peuvent désormais plus s'en passer. Bien loin de courir à la catastrophe, c'est un tourbillon de bonheur qui a envahi cette année encore la scène québécoise et emporté par la même occasion un public grisé par ce souffle de légéreté.

Le chanteur - conteur - compositeur et aussi amuseur à ses heures, s'éclate sur scène , cavale dans Bucéphale, virevolte dans les Papillons et tourne sur lui - même jusqu'à s'en étourdir. Et voilà que celui-ci s'éclipse discrètement des feux de rampe, le temps d'aller se griller une cigarette au bar, laissant libre cours aux talents musicaux de ses musiciens tout aussi passionnés. Car c'est aussi cela la formule secrète détenu par Thomas : prendre le plaisir là où il est, s'attarder sur les petits détails de la vie, dans ses fissures comme dans ses moments éclatants. Derrière une forme légère et candide se cache une profonde subtilité où le poids des mots prend alors toute sa signification : Cet étrange farfadet sensuel (et n'y voyez aucune antithèse !) s'essaye avec délice à cet art misant sur la rime signifiante et soigneusement ciselée.
Le temps, les femmes, les petits plaisirs de la vie, tout ce qui est à la fois universel et intemporel y passe...sans oublier l'Amour bien entendu, sa beauté, sa magie et aussi sa complexité qui est racontée à la Fersen, sous un style humoristique et quelquefois ironique.
" Que l'on est bête quand on est amoureux, que l'on est bête mais comme on est heureux. En amour, l'esprit est une enclume et c'est lourd quand on est fait de plume". (Le jour du poisson).

Eternel lycéen, éternel sentimental, éternel amoureux ? Difficile de faire un choix.

La nouvelle formule sans la batterie, expérimentée à plusieurs reprises sur les routes de France, a fait ses preuves. Plus de mur sonore et donc davantage de complicité avec le public, Thomas se sent de plus en plus confortable et n'hésite pas à installer une chaise au bord de la scène, nous confiant ses chansons les plus tendres, dont un échantillon de quelques nouvelles compositions (La chandelle, Irène...) de son répertoire sous un style confessionnel.

De prés verts aux relents de Prévert, un style rigolo à la façon de Queneau, le Thomas, la frange sur le front et le nez pointu comme un point d'exclamation, s'amuse avec les mots et les jolies petites histoires. Alors, obligatoirement ça transparaît sur scène, provoquant un bonheur contagieux...et sans vaccin, c'est évident. Qui s'en plaindra?

Un début de carrière innatendu, une évolution surprenante au Québec.

Le temps des piano-bars est bel et bien révolu (Paris,1991...derrière la place Clichy, lui et sa tendre moitié amusent les Parigots en reprenant Brel, Piaf et quelques inédites, dans un restaurant...thaïlandais). Et puis voilà cette signature chez la multinationale Warner, s'ensuit la sortie de son premier album Le bal des oiseaux en 1993. Inutile de vous dire qu'on s'est déjà tous entichés du moineau...

Chauvin Hélène
Club Culture
3 Mars 1999